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À l'occasion d'une action pour la sécurité routière, nous avons rencontré le préfet du Maine-et-Loire. Écoutez son interview réalisée au studio de Radio G! en juin 2026.

Transcription du podcast :

Bonjour à toutes et à tous, vous êtes bien sur le 101.5 de Radio G, sur radio-g.fr et sur le DAB+.

Et oui, on nous écoute partout, partout, partout dans ce monde. Aujourd'hui, j'ai l'immense plaisir de recevoir une personnalité et pas des moindres. En l'occurrence, Monsieur le préfet du Maine-et-Loire, nouvellement nommé, effectivement en décembre 2025. Pour faire une présentation très rapide et ne pas abuser de votre temps, Monsieur le préfet, je me suis permis de faire une synthèse.

François Pinault, âgé de 57 ans, est nommé préfet de Maine-et-Loire depuis le lundi 22 décembre 2025. Anciennement préfet de Haute-Vienne. Épicurien, passionné de rugby, particulièrement du Stade Toulousain, ai-je noté. Et amateur de basket, vous êtes le nouveau représentant de l'État dans le département et vous connaissez déjà bien le Maine-et-Loire puisque vous êtes natif de Nantes et vous avez vécu 25 ans à La Verrie, au nord de la Vendée. Vous affirmez être un préfet dans la recherche du consensus et dans la discussion. Vous avez su installer un dialogue constant avec les élus et la société civile dans vos fonctions précédentes. Soucieux de proximité, vous assurez vouloir aller dans les quartiers.

Vous avez pour objectif de poursuivre les actions engagées en matière de transition énergétique, cohésion territoriale, gestion des risques, tout en imprimant votre propre méthode. Votre expérience dans la modernisation de l'action publique pourrait d'ailleurs peser dans l'organisation des services de l'État en Maine-et-Loire. Peut-être un commentaire, Monsieur le préfet ?

Votre résumé me dépeint assez bien. Je suis épicurien, amateur de sport, très amateur de sport. J'ai le service public chevillé au corps et j'entends bien ici servir le territoire de façon à apporter tout ce qu'un préfet peut apporter dans un département. Et Dieu sait si vous êtes attendu, puisque vous êtes arrivé dans un cadre particulièrement dramatique de crues, où on a eu l'occasion de se rencontrer assez régulièrement dans les états de crise.

Donc vous voilà mis dans le bain du Maine-et-Loire en temps réel. Sans jeu de mots, effectivement, j'ai été mis dans le bain très rapidement puisque les crues que nous avons subies au mois de février ont été des crues qui étaient effectivement très importantes, qui ont nécessité un déploiement de moyens, une organisation et une coordination des services, qu'il s'agisse des collectivités territoriales ou de l'ensemble des services de l'État. Je crois pouvoir dire après, en nous retournant sur la situation, que bien sûr, on peut toujours s'améliorer, mais que cette crise a été globalement bien gérée, bien accompagnée. Et donc, pour moi, c'est un point de satisfaction. Et j'ai pu m'appuyer notamment sur des collectivités locales extrêmement bien préparées à cette gestion de crise.

Quel aperçu avez-vous eu de cette situation d'état de crise en arrivant directement sur le terrain sans avoir les connaissances des tenants et aboutissants ? L'avantage d'être préfet, c'est qu'on n'est pas préfet du jour au lendemain. C'est le fruit d'une carrière assez longue. Moi, j'ai servi, par exemple, en Guadeloupe. J'ai été directeur de cabinet. J'ai eu à gérer des cyclones. J'ai eu à gérer un séisme. Et évidemment, de tout ça, on apprend la gestion de crise. Et après, il y a simplement la partie liée au territoire ou au type de crise qu'il faut y adapter. Mais tous les processus de gestion de crise sont des processus qui sont en général très bien maîtrisés et qui m'ont permis, en m'appuyant sur les personnes et les élus sur place... Ceux-ci connaissent particulièrement bien le terrain. Moi, j'ai apporté, je crois modestement, ma connaissance de la gestion de crise. Et eux m'ont apporté leur connaissance du terrain et aussi leur connaissance en matière de gestion de crise. Et le tout a fait que tout ça, dans une logique, vous avez parlé de recherche de consensus, mais en tout cas dans une logique de dialogue plus que dans une logique d'autorité, on a réussi à assurer une gestion de crise qui était de qualité, je crois.

Alors en vous suivant sur un de vos réseaux sociaux, donc Instagram en l'occurrence, je me suis rendu compte effectivement que vous étiez un homme de terrain. Vous vous déplacez partout, vous avez besoin de ce contact. Qu'est-ce qu'on ressent effectivement ? Quels besoins on a quand on arrive dans un territoire que l'on ne connaît pas encore ? Quand on est préfet, on a besoin de comprendre le territoire. Et pour comprendre le territoire, on peut essayer de le comprendre depuis son bureau, en lisant des notes, en lisant des dossiers, ou on peut aller au contact des personnes. Je suis plutôt de ce genre de préfet qui se déplace et qui cherche à avoir des contacts directs avec les personnes.

Ce matin, j'étais dans le quartier de Monplaisir pour procéder à la destruction d'une barre d'immeubles. Ce qui m'a permis de rencontrer des habitants sur place, de connaître leur... Nous, quand on regarde ça de l'extérieur, on peut avoir l'impression que détruire une barre d'immeubles, c'est quelque chose de forcément bien perçu, puisqu'en fait on détruit, puis on va reconstruire quelque chose de neuf. Il y a des gens pour qui il y avait un affect très particulier et énormément d'émotion. Et ça, en fait, ce n'est pas quelque chose que vous pouvez palper ou toucher ou appréhender en lisant des dossiers. L'émotion des gens, vous pouvez la ressentir quand vous êtes avec eux, quand vous discutez avec eux.

Ensuite, je suis allé dans les quartiers. Pour le coup, je suis allé dans les Hauts-de-Saint-Aubin pour fêter les 30 ans de la régie de quartier. Qu'est-ce que vous avez fait ? Comment, quel a été effectivement leur parcours et comment, au cas d'espèce, la régie de quartier a pu les aider. Et cet après-midi, j'étais en train de visiter une entreprise, Scania pour la citer, à Angers, pour essayer de comprendre leur projet, voir quels étaient leurs projets de développement et comment on pouvait du côté de l'État les accompagner dans leurs procédures administratives.

Très bien. Mais écoutez, en tous les cas, il est fortement rassurant de savoir que de telles personnalités, telles que la vôtre, puissent être aussi actrices de terrain. Maintenant, pour porter un petit peu à la connaissance des auditrices et auditeurs, de nos moult quantités d'auditeurs et auditrices, je le fais à l'inverse, on souhaiterait savoir, pour éclairer ces auditeurs, quels sont les rôles et fonctions d'un préfet et de qui dépendez-vous en termes de reporting décisionnel ? Comment ça se passe ? Comment c'est structuré, tout ce domaine de transmission de décisions ?

Alors c'est finalement assez simple. Le préfet, c'est le représentant de l'État dans le département. Et le préfet, il représente chacun des membres du gouvernement. C'est ce que dit l'article 72 de la Constitution. Le préfet est le représentant de chacun des membres du gouvernement. Si on veut le dire de façon peut-être un petit peu simpliste, le préfet, c'est un peu le Premier ministre du département. Il représente à lui tout seul, il représente tous les membres du gouvernement. Il décline les politiques publiques : politiques sociales, politiques économiques, politiques en matière de sécurité. Et donc, moi, je rends compte à tous les ministres. Le ministre de l'Écologie, la ministre de l'Écologie, le ministre de l'Intérieur. Alors, un tout petit peu moins la Justice, parce que du fait de la séparation des pouvoirs, le préfet n'est pas sous l'autorité du ministre de la Justice. Mais pour l'ensemble des autres ministres, de la Santé, le préfet est le représentant de chacun des ministres dans le département et décline les politiques.

Alors continuons un peu plus en avant, effectivement, par rapport à ces rôles et fonctions. La préfecture, quels sont les services associés ? Qui retrouve-t-on comme service, comme attention particulière ? Comment ça se passe en interne, s'il vous plaît ? Il représente tous les ministres. À la préfecture, vous avez essentiellement le ministère de l'Intérieur qui est représenté avec la direction de l'immigration qui s'occupe à la fois d'accorder ou pas le droit d'asile à des étrangers qui en font la demande, qui délivre ou pas des titres de séjour à des étrangers qui sont en situation irrégulière et qui deviennent en situation régulière dès lors qu'on leur délivre un titre de séjour, ou qui sont reconduits à la frontière dès lors qu'on ne leur délivre pas de titre de séjour. Ça, c'est la direction de l'immigration qui s'occupe aussi, globalement, de tout ce qui concerne la naturalisation des personnes qui veulent accéder à la nationalité française. À la préfecture, en Maine-et-Loire, c'est un peu particulier, mais c'est un détail, je ne rentre pas dans ce type de détail. Donc, une direction de l'immigration.

Ensuite, vous avez une direction des affaires juridiques qui est chargée de garantir que les processus administratifs sont bien respectés. Dans cette direction, vous trouvez notamment, si un agriculteur veut monter un poulailler, créer un poulailler, il doit respecter un certain nombre de règles, vérifier que le bâtiment est à moins de 100 mètres d'une habitation, qu'il y a bien des systèmes pour récupérer les fientes, etc. Tout ça, c'est contrôlé. Qu'il y ait une enquête publique qui soit menée, tout ça, c'est fait au niveau de la direction des affaires juridiques. Direction des affaires juridiques qui s'assure aussi du contrôle de légalité. C'est-à-dire que le préfet vérifie que les actes qui sont pris, les délibérations qui sont prises par les collectivités locales sont conformes au droit. Et lorsqu'elles ne sont pas conformes au droit, le préfet demande à ce qu'elles soient reprises. Quand le préfet juge qu'elles ne sont pas conformes au droit, il demande qu'on reprenne la décision. Et si jamais cette décision n'est pas reprise, le préfet peut saisir le juge administratif pour annuler la décision.

Très bien. Très, très bien. Alors, comme je vous le disais au tout début, effectivement, de cette interview, j'ai pu constater que vous étiez vraiment beaucoup sur le terrain. C'est tout à votre honneur d'ailleurs. Vous avez rencontré beaucoup de structures, de responsables, tous azimuts un petit peu, dans tous les domaines. De votre première appréciation, quels sont les points forts de notre département ? Quel ressenti avez-vous des divers acteurs et décideurs de notre territoire ?

Alors d'abord, objectivement, le département est un département riche. C'est-à-dire un département dans lequel, globalement, il y a une certaine qualité de vie d'un point de vue économique. Simplement pour donner une statistique, le département est le neuvième département dans lequel le taux de pauvreté est le plus faible. Voilà, le premier est la Vendée et le département de Maine-et-Loire est le neuvième département dans lequel il y a le moins de pauvreté. Donc ça, c'est un indicateur important.

La deuxième chose, c'est que dans ce département, et ce n'est pas le cas dans tous les départements (moi j'ai eu l'occasion de servir six départements différents ou sept départements différents), on a une recherche permanente de la discussion entre les gens. Les gens qui ne sont pas d'accord, voire les plus opposés, cherchent à trouver des solutions à leurs problèmes plutôt que de s'opposer. Je dirais que pour le préfet, c'est quelque chose d'extrêmement confortable. Lorsqu'on est confronté à une difficulté, peu importe quelle qu'elle soit, il suffit de mettre les personnes autour de la table. (Indiquer les passages musicaux et les jingles) Il ne m'est jamais arrivé de ne pas trouver de solution. Cela se fait par la recherche du consensus, par ce que chacun est prêt à faire, par cette idée un peu de vivre-ensemble, chacun est prêt à faire des concessions qui, à la fin, nous amènent à une solution et qui permettent à ce département de progresser. C'est quelque chose qui est extrêmement important. On n'a pas ça dans tous les départements. On a des départements où les oppositions entre elles sont extrêmement violentes. Ici, on est entre gens raisonnables, même quand les gens ne sont pas d'accord avec vous, parfois pas d'accord avec le préfet. Et c'est bien normal. Je n'ai pas la prétention d'avoir la science infuse et toujours la vérité. Quand les gens ne sont pas d'accord avec le préfet, ils le disent, on discute et on converge vers une solution. Et ça, c'est extrêmement, extrêmement intéressant. C'est vraisemblablement la plus grande force de ce département avec sa richesse, je dirais, quelque part naturelle. Mais la richesse n'est pas si naturelle que ça. Elle est aussi le fruit de cette mentalité de recherche de consensus.

Alors, par voie de conséquence, à l'inverse, quelle vision avez-vous de ce qui pourrait être ou devrait être amélioré par ordre de priorité dans notre ville, dans la métropole et le département ? Il y a sûrement beaucoup de choses à faire, je présume.

Je ne sais pas trop. D'abord, je ne suis pas dans une position de donneur de leçons, de dire les choses qu'il faudrait faire ou pas faire. Moi, je ne suis pas dans la position de celui qui est élu. J'ai une légitimité de ma nomination par le président de la République, évidemment, mais je n'ai pas de légitimité qui provient de la population. Et ce n'est pas à moi de savoir s'il faudrait mettre en deux fois trois voies ce tronçon de route, s'il faut reconstruire un palais omnisports à tel endroit ou à tel autre, s'il faudrait faire une piscine couverte. Ça, ça ne relève pas de la compétence du préfet. Le préfet n'est pas là pour prendre ce genre de décision. Ces décisions sont prises par les élus, financées par les élus. Des fois l'État peut apporter son soutien, mais ce n'est pas moi. Je ne me positionne pas comme celui qui distribue les bons points et les mauvais points en fonction des idées. Moi, les élus ont la légitimité du peuple. Ils prennent leurs décisions et je les accompagne dans leurs décisions. Je n'ai pas à me prononcer pour savoir si la piscine est trop grande, ou si pour le stade de foot, il valait mieux lui mettre un terrain synthétique plutôt qu'un terrain en herbe. Ce n'est pas mon sujet.

Ce qui relève vraiment de ma compétence, ce sont les questions de sécurité. Et donc sur les questions de sécurité, il faut intervenir. Et là, ça relève de ma compétence. Et s'il y a des choses à améliorer, oui, en matière de sécurité. On est dans un département, en matière de sécurité publique, qui est un département plutôt sûr. On est dans les 25 départements les plus sûrs de France en termes de taux de délinquance. Donc ça, c'est plutôt une très bonne statistique. Pour autant, on voit que la situation se dégrade un petit peu en matière de sécurité publique. On voit des comportements qu'on ne voyait pas il y a 10 ans, 15 ans, 20 ans. Alors c'est vrai partout en France. Mais le fait que ce soit vrai partout en France ne doit pas nous conduire à considérer que c'est une fatalité. Donc moi, il m'appartient de mettre en place des procédés, des processus de sécurité qui soient des processus plus fermes, qui permettent de limiter les incivilités, les vols, les atteintes aux personnes, puisqu'il y en a aussi beaucoup.

Et donc ça, ça marche comme toute politique de sécurité, sur deux pieds. Il y a un pied qui est le pied de la répression. Les gens qui commettent des larcins ou des incivilités, on essaye de les arrêter. On les transfère ensuite dans les mains de la justice qui donne les suites qu'elle considère appropriées. Et puis on a le sujet de la prévention, et on essaye d'intervenir en matière de prévention pour qu'on explique aux personnes qui s'apprêteraient ou qui pourraient faire des choses qui sont contraires à la loi... On leur explique que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne dans une société où on vit tous ensemble. Donc ça, c'est vrai pour la sécurité publique. Donc c'est un travail.

C'est vrai aussi pour la sécurité routière, qui est un sujet pour moi majeur dans le département. Dans les choses qu'il faut améliorer, il y a certainement ça. La sécurité routière, on a un département qui a connu en 2025, 46 décès sur la route. C'est absolument insupportable. C'est tout simplement insupportable de penser que chaque semaine, sur les routes de ce département, il y a quelqu'un qui perd la vie. Moi, ça me révulse. J'essaye de porter le message de plus d'attention, de respect des règles, de ne pas conduire en ayant bu, de respecter les vitesses, de ne pas utiliser les distracteurs. Les distracteurs, vous savez, ce sont les téléphones, les écrans tactiles, etc. Donc ça, ce sont des messages que nous essayons de faire passer. Manifestement, ça ne fonctionne pas assez bien. Je voudrais faire passer un message extrêmement fort sur le sujet. Quand vous voyez des gendarmes et des policiers au bord de la route, ils ne sont pas là pour faire de l'argent. Le sujet, ce n'est pas du tout celui-là. Les gens qui pensent ça sont des gens qui n'ont absolument rien compris. Si les gendarmes et les policiers sont sur le bord de la route, c'est pour éviter des comportements déviants et dangereux. À la limite, que des gens se tuent sur la route en roulant à 180 et en faisant n'importe quoi, c'est leur problème. Sauf que quand les gens ont ces comportements-là, ils ne se tuent pas seulement eux, ils tuent aussi des gens qui, eux, n'ont rien demandé et respectent les règles. Et ça, pour le coup, c'est absolument intolérable.

Alors justement, Monsieur le préfet, je vais me permettre de rebondir, effectivement, au travers d'un certain nombre de questions relatives à cette problématique. Aujourd'hui, l'alcool reste un fléau sur les routes. Avez-vous le sentiment que le message passe encore auprès des conducteurs ? Ou est-ce qu'il faut, selon votre avis, d'autres moyens, d'autres types de communication qui soient plus efficaces encore ?

Alors si vous avez des communications plus efficaces, je suis preneur, c'est quelque chose qui est clair. Le message sur l'alcool au volant est un message qui est globalement bien passé. Vous n'êtes pas un perdreau de l'année. Si vous vous souvenez d'il y a 30 ou 40 ans, les comportements au volant avec des gens qui prenaient le volant dans des états d'ébriété majeurs, on le voit de moins en moins et presque plus. Le problème, c'est seulement qu'on le voit presque plus. Donc, ça veut dire quand je dis presque plus, ça veut dire qu'on le voit encore, alors qu'on devrait ne plus du tout le voir. C'est ça le problème. Et donc, il faut qu'on arrive à trouver des messages meilleurs encore. Aujourd'hui, on a des campagnes qui fonctionnent très bien, comme la campagne Sam. "Celui qui conduit, c'est celui qui ne boit pas." Ça, ça fonctionne bien. Le compagnon de soirée, c'est vraiment quelque chose qui aujourd'hui est un message qui, chez les jeunes, fonctionne extrêmement bien. Et là, pour le coup, souvent, on jette le discrédit sur les jeunes en disant que les jeunes ne respectent pas. Pour l'alcool au volant, ce n'est pas qu'une question de jeunes ou de pas jeunes. C'est parfois les moins jeunes qui ne respectent pas bien.

Je vais rebondir sur une seconde question : la vitesse. Est-ce que ça reste l'un des principaux facteurs d'accident ? Malgré une pose accélérée de nombreux radars, quelle population vous semble-t-elle la plus insouciante ou la moins respectueuse ?

Sur la vitesse, c'est assez compliqué. La vitesse peut être une cause d'accident en soi. Vous allez trop vite dans un virage à 70, si vous êtes à 120, vous n'allez pas pouvoir prendre le virage. C'est simplement mécanique, il y a une sortie de route et là, il peut y avoir effectivement un drame. Ça, c'est la première chose. La vitesse, la deuxième chose, c'est que la vitesse est aussi un facteur aggravant. C'est-à-dire qu'un accident qui aurait pu être un accident banal... Je ne sais pas, vous crevez, et puis parce que vous avez roulé sur quelque chose, si vous êtes à 80, vous terminez dans le fossé, ce n'est pas très grave. Vous êtes à 120 ou 130, vous terminez dans le fossé, vous partez en tonneau. Donc là pour le coup, c'est le facteur aggravant. La vitesse, elle est à la fois cause d'accident et cause majeure d'accident, mais elle est aussi facteur aggravant d'accidents qui pourraient être des accidents uniquement matériels et qui deviennent des accidents corporels majeurs. Donc, respecter les vitesses, c'est là aussi, c'est quelque chose d'extrêmement facile. Il suffit simplement de mettre son régulateur. Aujourd'hui, tout le monde a des régulateurs, ou de mettre le limiteur à la vitesse qui est demandée. Ce n'est pas très compliqué. Ce n'est pas très compliqué à faire, et pas le mettre 10 km/h ou 20 km/h au-dessus en se disant "bon, si je me fais attraper, ce ne sera pas trop grave". C'est un comportement qui n'est pas responsable de faire ça. Et donc, ce qu'il faut, c'est respecter les limitations. Et en respectant les limitations, on aura à la fois des accidents qui seront moins graves et à la fois moins d'accidents. Et donc, ça, il faut que ce soit tout le monde. La question, c'est : est-ce que ce sont simplement les jeunes qui roulent vite ou au contraire les vieux ? Eh bien non, c'est malheureusement, dans la population, vous avez des gens qui considèrent que la vitesse est quelque chose d'accessoire. Et c'est ça qu'on essaie de dire quand on est avec les gendarmes et les policiers sur le bord des routes. On essaie de leur expliquer. Parfois, on le fait d'un point de vue purement pédagogique. Et puis, parfois, on est obligé de mettre des sanctions parce qu'on est face à des populations qui ne comprennent pas que rouler à 110 au lieu de 80, c'est quelque chose qui est de nature à générer des accidents. Parce que c'est un facteur aggravant, mais c'est aussi un facteur qui fait que votre vigilance doit être accrue. Puisque plus vous roulez vite, moins votre champ de vision est large. Vous voyez beaucoup moins, vous pouvez beaucoup moins anticiper la traversée d'un animal, par exemple de nuit, ou l'arrivée d'une voiture qui a une priorité à droite, etc. Et donc, c'est ça qui est compliqué avec la vitesse. C'est qu'en fait, quand vous roulez, les gens ont l'impression que finalement, il ne se passe rien. Sauf qu'en fait, ça réduit le champ de vision et que ça, ça réduit aussi les capacités d'anticipation.

Alors une autre problématique qui se pose, c'est de plus en plus de drames malheureusement concernant tous les cyclistes, les piétons, les utilisateurs de trottinettes, les motards. Pourquoi les usagers vulnérables sont-ils aujourd'hui davantage exposés ?

Alors, d'abord, typiquement, la trottinette, ça a toujours existé, mais les trottinettes telles qu'on les connaît, électriques, ça, ça n'a pas toujours existé. Donc, c'est quelque chose de nouveau. Et comme c'est quelque chose de nouveau, c'est quelque chose qui expose. C'est sûr que les accidents de trottinettes d'il y a 50 ans, il y en avait zéro. Les accidents de trottinettes d'aujourd'hui, il y en a parce qu'il y a des trottinettes. On a le même sujet avec la démocratisation du vélo. Les gens ne prenaient pas la route, très peu la route en vélo en ville. Ce n'était pas quelque chose qui était entré dans les mœurs. Aujourd'hui, avec la mise en place notamment des vélos en libre-service, etc., vous avez beaucoup plus de gens qui roulent en vélo. Et avec les vélos électriques, il y a aussi beaucoup plus de gens. Puisque là où il y avait un effort à fournir, cet effort est devenu aujourd'hui moindre. C'est une bonne chose que le vélo soit démocratisé, mais ça explique pourquoi on a une augmentation des accidents avec ces modes de déplacement. Ces modes de déplacement sont nouveaux, ils sont en augmentation tous les ans. On a plus de kilomètres parcourus à vélo sur nos routes, c'est assez logique qu'il y ait plus d'accidents.

La deuxième chose, c'est que les infrastructures telles qu'elles ont été construites entre les années 60 et 80, elles n'ont pas été conçues pour accueillir les vélos, les trottinettes. Évidemment, depuis les années 2010, on est en train de changer tout ça. On fait beaucoup de pistes cyclables, des pistes cyclables protégées. Mais pour autant, comme les infrastructures ne sont pas toutes au niveau (c'est impossible de les mettre au niveau en très peu de temps), cela génère des comportements un peu bizarres. Ou bien des utilisateurs de ces nouveaux moyens de locomotion : des trottinettes sur les trottoirs qui renversent des piétons. Ou alors des voitures qui renversent des vélos, parce que les vélos sont à un endroit où on ne les attendait pas, où on ne les voyait pas. Ou alors simplement des automobilistes qui ne sont pas du tout respectueux de l'accès partagé de la route et qui considèrent que la route doit être une route seulement pour les automobiles, alors que dans la pratique aujourd'hui, l'espace routier devient un espace partagé. Tout ça génère plus d'accidents, des comportements qui ne sont pas toujours des comportements très respectueux du droit. Vous pouvez constater que parfois vous voyez les vélos brûler les feux rouges, passer en vélo sur les passages piétons alors que ceux-ci sont réservés aux piétons. Tout ça génère des accidents, à la fois de la faute des utilisateurs de modes doux, à la fois de la faute des automobilistes. On a les deux, mais ce n'est pas étonnant qu'on ait plus d'accidents. La difficulté avec les vélos et les trottinettes, c'est qu'on a des accidents dont l'indice de gravité est extrêmement fort, parce que vous êtes beaucoup moins protégé quand vous êtes à vélo ou à trottinette que quand vous êtes dans une voiture. C'est une évidence, je n'ai pas besoin de le développer.

Et un dernier mot, et promis, j'arrête mes questions. Le monde routier professionnel, est-ce qu'on a effectivement des informations là-dessus concernant tout ce qui est un peu délinquance routière dans le département de Maine-et-Loire ? Est-ce qu'on a quelques informations là-dessus ?

Alors, les déplacements professionnels, là aussi, il y a... Je parle de poids lourds. Voilà, si on parle des poids lourds qui circulent et dont c'est vraiment le métier de faire des longs trajets, on réalise des contrôles importants sur les poids lourds avec notamment les équipes de la DREAL, puisque ce sont des équipes en région qui sont chargées de réaliser ces contrôles avec la gendarmerie. Et donc on réalise régulièrement des opérations. Je suis allé sur une opération de contrôle de poids lourds il y a en gros une quinzaine de jours pour constater que là aussi, globalement, on peut remonter... Dans les poids lourds, vous avez un chronotachygraphe qui est en fait un ordinateur de bord qui enregistre la totalité de la façon dont s'est comporté le camion. Et avec les outils qui sont les nôtres, on peut remonter jusqu'à 56 jours. Donc on sait pendant 56 jours combien de temps le camion a bien respecté les pauses, est-ce qu'il a dépassé la limitation, puisqu'on connaît aussi les limitations de vitesse. On sait tout et on a tout sur un ordinateur. On est capable de remonter sur les infractions qui ont été faites pendant 56 jours. Sur le contrôle que j'ai réalisé, ce que je peux dire, c'est que la grande majorité, la très grande majorité des chauffeurs routiers respectent à la fois les délais de pause, à la fois les délais de repos pour le week-end, à la fois les vitesses autorisées. Ça, c'est la très grande majorité. Et puis, vous en avez certains, pour le coup, qui resquillent et qui ne respectent pas les temps de pause, ne respectent pas les délais de repos le week-end, ne respectent pas les vitesses. Et eux, c'est eux qu'on essaye de verbaliser. Ça peut être des verbalisations assez importantes. Ils ne respectent pas les poids de chargement des camions, parce que là aussi, quand le camion est mal chargé ou trop chargé, ça peut générer des comportements du véhicule qui sont non maîtrisables. Et donc, j'ai quand même plutôt tendance à dire que là aussi, la profession s'est beaucoup améliorée par rapport à ce qu'on a pu connaître par le passé de certains chauffeurs qui pouvaient rouler 24 heures sans s'arrêter, etc. Ça, aujourd'hui, ça n'existe plus parce que la peur du gendarme est quand même une peur qui est assez forte.

Parfait. Je pense que nous avons fait le tour, effectivement, de cette problématique de sécurité routière. Alors pour terminer, je dirais prévention ou répression, point de discorde ? Certains effectivement dénoncent une politique un peu trop axée sur la sanction, d'autres pas assez. Que leur répondez-vous ?

Eh bien, je réponds que justement, en matière de sécurité routière, mais en matière de sécurité de façon générale, je l'ai dit tout à l'heure, c'est une politique qui doit marcher sur ses deux pieds. C'est-à-dire à la fois de la prévention. En termes de prévention, je voulais indiquer que, par exemple, dans le département, les équipes qui travaillent auprès de moi sur la prévention de la sécurité routière font une opération tous les deux jours. Une opération de prévention tous les deux jours. Ou bien dans une classe, ou bien dans des entreprises. Avec des opérations, simplement, je passe vous voir, coucou, je vous donne un flyer. Quand je parle d'opérations, ce sont des opérations de prévention assez lourdes. Où, par exemple, on arrête des cyclistes qui ne sont pas équipés de catadioptres. On en profite pour passer du temps avec les cyclistes pour leur expliquer, pour vérifier avec eux que tous les organes de sécurité sont bien respectés, leur demander de porter un gilet jaune, le casque, vérifier qu'il y a une lumière rouge à l'arrière, une lumière blanche à l'avant. Autant de choses qui sont essentielles. Ça, c'est une des opérations de prévention. Mais il y en a vraiment une tous les deux jours. Donc c'est facile, c'est quasiment 200 opérations qui sont organisées dans l'année.

Et puis, en parallèle de ces opérations de prévention, vous avez des opérations de répression parce qu'il y a des gens qui ne comprennent pas que la sécurité routière, ça ne les engage pas qu'eux, mais ça engage aussi tous les gens qui sont sur la route en même temps qu'eux. Rouler à 180, ce n'est pas une question de liberté. Ce n'est pas une question de liberté. Si vous êtes tout seul sur un circuit, que vous roulez à 180 et que vous sortez de route, ça, encore une fois, ça m'est complètement égal. Faites-le si ça vous fait plaisir de prendre votre pied en roulant très vite. Alors allez-y, allez sur des circuits et faites-vous plaisir. Il y a un risque, si ça vous fait une montée d'adrénaline, faites-le. Mais ne le faites pas sur des routes départementales ou sur des autoroutes, parce qu'à côté de vous, vous avez des gens qui, eux, respectent les règles et qui n'ont pas envie de mourir à cause de vous. Si j'ai ce message à faire passer, c'est celui-là. Et c'est pour cela qu'on fait des contrôles. Ce n'est pas pour embêter les gens qui se lèvent tôt le matin et qui vont travailler. Ce n'est pas pour eux. Mais on ne conduit pas très vite, on respecte les limitations de vitesse, on conduit sans avoir fumé ou sans avoir consommé de drogue. Ce n'est quand même pas très compliqué. Ce sont des choses qui sont quand même faciles à comprendre. Les règles sont claires, on les respecte. Et quand on les respecte, on ne se fait pas attraper. Moi, les gens qui me disent : "Monsieur le préfet, vous faites trop de contrôles, je me fais attraper", mais pour ne pas se faire attraper, il suffit de respecter les règles. C'est quand même hyper simple, ça requiert un minimum d'attention.

... La satisfaction et l'énorme plaisir que vous nous faites de venir sur les ondes de Radio-G. Je vais en profiter, je vais vous laisser une parole libre. Un message que vous souhaiteriez passer à nos milliers d'auditeurs qui nous écoutent en ce moment. Quel serait ce message ?

Ce serait un message très simple. Merci Radio-G.

En tous les cas, un énorme merci à vous d'être présent sur le territoire, présent sur nos ondes, présent au sein de Radio-G également. Merci à Madame Lemerle qui vous accompagne également. Merci à vous.