Croc'Philo #3 - Les femmes et la philosophie (1/3) - lundi 26/10/20

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DES FEMMES PHILOSOPHES?

Bonjour Annely, Céleste, Medhy, bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Croc’Philo!

Aujourd’hui… On va parler de la philosophie et des femmes.

J’aimerai commencer par une petite expérience ici, dans le studio, et je vous invite à la faire avec nous à la maison.

Annely, Céleste, Medhy, pourriez vous nous citer des noms de philosophes hommes, toutes époques confondues? Et si je vous propose maintenant de citer, de la même façon, des noms de philosophes femmes?

Parler des femmes et de la philosophie, c’est déjà se demander d’où nous partons, et ce que nous interrogeons vraiment. Est-ce la question du genre féminin ou de la sexuation de la pensée? Il ne s’agit pas du tout d’introduire l’idée d’une pensée féminine ou de relever une quelconque tentative d’essentialisation de la pensée, en sexuant des philosophes et des idées. Ce serait même là échapper à toute possibilité de réflexion philosophique en pointant par avance un sens prédéterminé par le sexe, et échappant à toutes les complexités sociologiques, historiques , politiques… Qui constituent la vie de la discipline dans sa réalité propre.

Mais il reste que la philosophie se conjugue surtout jusque-là, au masculin. Preuve s’il en est, le programme de philosophie des classes de terminale qui a dû attendre cette rentrée 2020 pour voir entrer 5 femmes, car jusque là il n’y en avait qu’une, c’est Hannah Arendt, la philosophe, politologue et journaliste allemande du XXème siècle, naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme, la modernité et la philosophie de l'histoire.

Et dans les textes philosophiques, de Platon à Derrida, il s’agit surtout d’une identification des femmes à leur sexe face à l’inverse, une neutralisation du sujet philosophique qui concerne l’ensemble des hommes, au sens masculin du terme. Cette radicale distinction entre les genres, c’est précisément ce qui interroge le statut des femmes comme sujet pensant, philosophant et la place qui leur est accordée dans l’histoire de la pensée, non pas comme simple objets d’analyse, mais comme actrices engagées dans la réflexion.

C’est parce-qu’implicitement, le sujet qui philosophe se définit comme sujet masculin que la position occupée par les femmes est releguée, dans une sphère prédéfinie d’égalité, limitée, dans une structure générale qui n’est pas interrogée. En effet, on trouve peu voire pas d’affirmation philosophique qui fait appartenir inconditionnellement les femmes à l’exercice de l’humanité. Souvent, on trouve des points sur la question sans véritablement les affronter, portant sur: les tâches sociales, le mariage, la famille, le rapport sexuel, la citoyenneté, l’accès au savoir… Mais la réalité des femmes et de leur engagement est souvent nié; aussi lorsqu’il s’agit de penser la femme, comme un éternel idéalisé qui laisse bien peu de place aux femmes dans la réalité des réflexions qu’elles ont portées. Car penser l’existence de la femme en considérant tacitement qu’elle se conjugue à l’humanité et choisir de revendiquer le terme d’humanisme au lieu d’user du terme de féminisme par exemple, c’est oublier au mieux ou nier une réalité, bien tangible, celles des femmes, de leurs actions et de leurs pensées, et aussi de l’invisibilité de leurs textes.

La philosophie décline avec Aristote, Rousseau et bien d’autres, régulièrement, une infériorité intellectuelle, physique ou morale des femmes, qui a fait l’histoire et les grands repères de la discipline. On peut rappeler la misogynie d’Aristote, qui disait des femmes qu’il ne leur manquait que la science de l’Âme, comme on dirait aujourd’hui d’un animal qu’il ne lui manque que la parole; mais aussi l’ambivalence du siècle des Lumières qui constatait souvent les inégalités sociales et politiques entre les femmes et les hommes mais qui donnaient des justifications à partir de la nature supposée des femmes, qui serait de plaire aux hommes et d’être mères. Et le fil commun qui a écrit l’histoire de la philosophie, c’est l’exclusion des femmes de la sphère politique et de son action. Chez Platon, par exemple on trouve une ouverture, car les femmes sont en théorie libres et égales aux hommes, mais elles sont reléguées à une place idéale dans certains de ses dialogues, les rejetant par là-même, hors de toute action morale et politique engagée, voire de toute position sociale établie réellement possible.

Ce n’est pas si étonnant alors, que nombre des femmes philosophes le sont et l’ont été sur les terrains de la morale et de la politique, dans des pensées souvent dissidentes qui valorisent l’action et une lecture active du monde, y compris en s’appropriant parfois la réflexion sur la condition même des femmes.

C’est d’ailleurs en ce sens que Simone Weil et Hannah Arendt ne souhaitaient pas, au XXème siècle, être considérées comme philosophes, mais préféraient se dire résistante, militante pour l’une et analyste politique pour l’autre. C’était là peut-être leur moyen de préserver leur action, la portée de leur pensée politique, sans être happé par le genre masculin, en sachant par là que la force de leur pensée y perdrait sans doute.

À quoi pensez vous quand on parle de féminisme?

Car l’engagement des femmes est pluriel, et c’est avant tout des femmes qui font fît de le singularité de leur histoire avec des engagements de terrain réel, le plus souvent sans volonté d’expression d’une individualité sexuée, mais d’un engagement qui vise à participer à l’histoire. Cet engagement, lorsqu’il est intellectuel, peut-être philosophique, historique, sociologique, littéraire, politique… Mais dans ses particularités, chacun des engagements des femmes intellectuelles est un mouvement de l’histoire et ne peut faire l’économie du mouvement de libération des femmes dans la diversité de leurs actions. Car c’est bien à l’épreuve du monde et de l’histoire que l’on peut voir la reconnaissance d’une pensée des femmes.

On remarque d’ailleurs que les femmes entrées tout dernièrement au programme scolaire de philosophie se situent dans l’époque contemporaine, cette époque qui est la nôtre, et qui a débuté il y a un siècle. Epoque qui n’a de cesse justement, d’interroger la place des femmes dans la vie civile, sociale, culturelle, politique, intellectuelle… Cette interrogation semble donc accompagner la réalité de l’engagement social, politique des femmes et reconnaître mieux les rôles de chacune dans leur disicpline, notamment la philosophie. Et cela passe par des actions qui tendent, pour rester sur le programme scolaire de cette réforme du lycée, à un retour actif sur la réalité du travail de ces femmes.

Car la philosophe comme sujet pensant a été jusque-là interrogée en creux le plus souvent, par son absence, par sa place marginale occupée dans les programmes et dans l’histoire, par une invisibilité des textes. Par exemple, pourquoi ne pas penser, interroger la pensée de Karl Marx comme elle a été discutée par Simone Weil?

Mais on pourrait se dire qu’il s’agit surtout du passé et que la place des femmes aujourd’hui évolue, que leur parole et leur pensée trouvent alors la place qui leur revient. Mais l’histoire a façonné la place des femmes jusque dans leur engagement aujourd’hui et si par exemple la question du corps des femmes est toujours tant d’actualité (sur l’avortement, la PMA, la GPA, les violences, les injonctions sur habillement…) c’est parce que déjà, au début était le corps des femmes. Chez Platon par exemple, et de façon commune dans la Grèce antique, on lit des femmes dont le corps est à la fois vierge et fécond, une contradiction qui fige leur existence et semble les extraire de toute réalité sociale et politique.

Et l’histoire montre justement que les femmes ne se sont pas trouvées dans les mêmes engagements que les hommes, et que c’est encore le cas aujourd’hui. Elles ne sont que 6 dans un programme scolaire d’auteurs qui en compte plus de 80, et ce parce que leurs textes ont été rendus invisibles par une histoire faite par des hommes pour des hommes.

Pourtant, leurs engagements ne se réduisent pas à certains évènements ou à des périodes particulières de luttes bien réelles pour leurs droits civils. Elles ont participé à la culture des mots, des lettres et de la pensée.

Interroger la place des femmes dans la vie intellectuelle et précisément la philosophie, c’est bien donner une nouvelle direction à l’histoire et composer avec elles, ne pas les exclure, enfin, de l’histoire en marche et reconnaître leurs engagements tels qu’ils sont, et ce sans trahir l’histoire mais au contraire, en l’éclairant.

Parce que si nous avons commencer aujourd’hui à nous demander ce que nous interrogeons, d’où vient le questionnement sur les femmes et la philosophie, c’est pour mieux éclairer le chemin que nous empruntons aujourd’hui avec les femmes philosophes contemporaines et mieux entendre leur pensée.

Et pour échapper à l’invisibilité des femmes dans les textes philosophiques et pour mieux affirmer qu’elles sont bien des sujets pensant comme les autres, quoi de mieux que de donner à lire les textes des femmes elles-mêmes?

C’est en ce sens que Simone de Beauvoir, Simone Weil, les britaniques Elisabeth Anscombe et Iris Murdoch, et la suisse Jeanne Hersh ne sont pas seulement des noms nouveaux dans un programme scolaire, mais en tant que philosophes, elles incarnent aussi des femmes d’action.

C’est plus précisément la pensée de quelques unes d’entre-elles que nous aborderons lors des prochains Croc’Philo.

Emilie


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