Croc'Philo #1 - Invitation à la philosophie - lundi 28/09/20

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UNE CHRONIQUE DÉDIÉE À LA PHILOSOPHIE?

Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans Croc’Philo… Aujourd’hui c’est la rentrée de cette chronique philosophique pour laquelle je vous retrouverai tous les quinze jours sur Radio G!, comme aujourd’hui, dans l’Oreille curieuse, vers 18h30...

Vous êtes peut-être étonnés d’entendre parler philosophie sur votre radio locale, vous l’êtes peut-être plus encore, d’entendre cette invitation qui vous est adressée… de croquer, durant quelques minutes, la philosophie à pleine dents, par les oreilles…

… C’est un bon début!

C’est un bon début car l’étonnement… C’est là l’origine de la philosophie, écrivait Aristote dans la Métaphysique, qui reprend là une idée de Platon, pour la préciser. L’étonnement, c’est la marque même de ce que nous ignorons et que nous sommes curieux de découvrir. Nous nous étonnons de ce que nous voyons, de ce que nous entendons, de ce que nous faisons parfois ou de ce que font les autres, souvent. Par définition, s’étonner, c’est échapper encore au savoir tout en exerçant déjà sa faculté à apprendre.

Parce-que oui, nous avons toutes et tous la capacité de nous étonner de ce que vivons, de ce que nous observons, de ce que nous ressentons; et de nous interroger. Cette invitation à philosopher, c’est une invitation à partager les questionnements qui parlent de nous et de nos expériences, c’est un prétexte pour se frotter ensemble, avec curiosité, au réel que nous partageons.

Mais il y a sans doute une grande diversité d’opinions, de centre d‘intérêts et des expériences diversifiées parmi nos auditeurs, comment garantir à tous qu’ils vont se reconnaître dans une chronique philosophique?

Alors il n’est pas tant question de garantie que de risque; notamment le risque de la remise en question de ce que l’on croit ou pense savoir. Car dans le questionnement, il y a la rencontre et la reconnaissance de notre ignorance.

“Je sais que je ne sais rien”, qui est un propos attribué à Socrate que l’on retrouve dans plusieurs écrits de Platon, est sans doute en ce sens l’expression de la plus grande des sagesses. En effet nos opinions, nos croyances façonnent notre vision du monde. Et nous ne sommes pas toujours prêts à les remettre en question, parce que parfois les certitudes nous réconfortent, nous rassurent, nous rassemblent ou nous permettent de garder espoir quand nous vivons des choses difficiles, individuellement, ou à l’échelle de la société ou plus largement de l’humanité et de son histoire. Mais si chacun est libre d’avoir son avis sur les choses, l’illusion de la vérité guette parfois comme le risque d’une autorité, d’un pouvoir qui qui s’impose à nos esprits, qui serait du côté de ceux qui savent, qu’ils soient les media, les hommes politiques ou encore les scientifiques.

Nous avons besoin de vérités et de règles pour fonctionner ensemble et penser notre monde, mais la plus grande des libertés que nous avons, contre la crainte et l’anxiété, reste de l’interroger, de le questionner, de le réinventer, comme si rien n’allait de soi, comme si rien de ce qui est n’était évident… Aristote dira d’ailleurs que la philosophie est la seule discipline libérale, que le questionnement qu’elle met en oeuvre est en soi une pratique de la liberté parce qu’elle n’est au service de rien d’autre qu’elle même, elle ne se soumet ni au plaisir de de ce que l’on voudrait entendre, ni à une fin utilitaire. C’est d’ailleurs pour cela que selon Aristote toujours, notre capcacité à s’étonner ne peut se déployer que lorsque nos besoins immédiats sont déjà satisfaits. Nous avons alors la liberté de nous interroger sur notre existence et sur notre relation au monde et à ce qui le compose.

Mais les philosophes ont-il des réponses à apporter aux problèmes du monde et à ce qui préoccupe notre quotidien?

Aujourd’hui on observe que les micros sont souvent tendus aux philosophes dans le feu de l’actualité comme si on attendait d’eux des solutions “clé en main”, et on peut voir que certains d’entre eux semblent se complaire dans ce rôle médiatique qui les enferme dans le profil de ceux qui ont les réponses plutôt que dans celui qui regarde le monde avec le distance suffisante pour l’interroger. C’est le risque d’un savoir philosophique un peu écrasant et à l’approche médiatique parfois un peu dogmatique de certaines “vedettes” de la philosophie; mais on peut lire aussi dans la pratique de la philosophie qui est plus largement proposée aujourd’hui, le besoin de se réapproprier le monde par la réflexion, qui incite à prendre le temps de poser les bonnes questions avant de se précipiter à y répondre.

Et derrière la diversité de nos goûts, de nos opinions et de nos expériences, nous avons tous en commun un monde de questions et de découvertes… Ce monde commun, c’est celui de l’enfance, celui des premières expériences de notre ignorance.

Quand l’enfant se demande :“ai-je le droit de mentir?” ou : “peut-on décider d’être heureux? ou encore: “c’est quoi l’amour?”, il met en pratique sa capacité à s’étonner, capacité qui se partage par la réflexion, l’écoute, les échanges et les expériences. Et si cette capacité à s’étonner est accueillie et nourrie, l’homme à moins de risques de s’enfermer dans des certitudes, et plus de chances de cheminer vers la connaissance. Mais par l’éducation qui inculque aussi des règles et des savoirs communs, par les traditions qui se transmettent, par habitude aussi… Nous perdons beaucoup des interrogations de notre enfance dans la vie d’adulte. Car la vie d’adulte est faite de responsabilités et de préoccupations diverses qui nous apparaissent souvent immédiates et impérieuses.

C’est d’ailleurs ce qui déclenche la colère et les larmes du Petit prince dans le livre de Saint Exupéry. L’aviateur qui est occupé par la réparation de son avion, répond sèchement aux questions insistantes du Petit prince sur les épines des fleurs, car il ne sait pas comment les justifier. Il s’agace du temps perdu à ces questions alors qu’il a d’autres préoccupations, il a peu d’eau à sa disposition et sa sa survie dans le désert semble dépendre de la réparation de son avion dans les meilleurs délais :

“-Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien ! J'ai répondu n'importe quoi. Je m'occupe, moi, de choses sérieuses !”.

Le mot est lâché : “de choses sérieuses”… Et pourtant, au-delà de la soif et de la peur de la mort… Voici la colère du Petit prince:

“- Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respiré une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile. Il n'a jamais aimé personne. Il n'a jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journée iAlors gl répète comme toi: "Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux !" et ça le fait gonfler d'orgueil. Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon !” Plus loin, le Petit prince poursuit:

“- Il y a des millions d'années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d'années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n'est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien ? Ce n'est pas important la guerre des moutons et des fleurs ? Ce n'est pas plus sérieux et plus important que les additions d'un gros Monsieur rouge ? Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n'existe nulle part, sauf dans ma planète, et qu'un petit mouton peut anéantir d'un seul coup, comme ça, un matin, sans se rendre compte de ce qu'il fait, ce n'est pas important ça !”.

Alors l’invitation à philosopher, c’est une invitation à oublier le monde que nous connaissons pour mieux y réfléchir?

Oui, en quelque sorte c’est aussi ce que disait Aristote quand il écrivait que le mouvement des astres, de la lune et la genèse de l’univers étaient des problèmes importants pour l’homme. Il soulignait ainsi la consience que nous avons de notre existence dans le monde, qui nous amène à embrasser une quête de sens et de vérité sur toute chose.

Mais pour nous aujourd’hui, l’invitation à la philosophie, le temps d’une chronique, à la radio, c’est une invitation à rejoindre tous les hommes qui se sont interrogés depuis plus de 2500 ans, et s’étonner, avec Platon, Aristote, le Petit prince et tant d’autres, du monde dans lequel nous évoluons.

Alors si vous acceptez cette invitation, je vous donne rendez-vous dans deux semaines pour croquer ensemble un bout de notre étonnement et suspendre un temps nos certitudes pour mieux les interroger.

Bonne soirée à tous, merci Annely et à bientôt!

Emilie


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