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L'escroquerie de 1785 qui salit Marie-Antoinette, alors qu'elle était innocente

Un collier de diamants d'une valeur démesurée. Un cardinal en disgrâce, prêt à tout pour rentrer en grâce. Une aventurière sans fortune qui tire les ficelles. Et au cœur du piège, une reine, Marie-Antoinette, qui n'a strictement rien demandé, mais qui en sortira couverte de soupçons.

Voici l'affaire du collier de la reine. Une escroquerie qui, dit-on, a contribué à précipiter la Révolution française.

ACTE I — Le collier

L'objet du scandale est un bijou fabuleux : un collier de plus de deux mille huit cents diamants, commandé jadis pour une favorite royale, et que les joailliers de la Cour, Boehmer et Bassenge, n'ont jamais réussi à vendre. Sa valeur : environ un million six cent mille livres. Une fortune.

L'instigatrice de l'escroquerie est une noble désargentée, la comtesse de La Motte. Sa cible : le cardinal de Rohan, l'un des plus hauts prélats du royaume, tombé en disgrâce auprès de la reine Marie-Antoinette, et qui rêve désespérément de retrouver ses faveurs.

ACTE II — Le piège

La Motte tisse sa toile avec un art consommé. Elle persuade le cardinal qu'elle est l'intime de la reine. Elle lui fournit de fausses lettres, signées « Marie-Antoinette de France », une signature qui aurait dû le mettre en garde, car un souverain ne signe que de son prénom. Elle va même jusqu'à organiser, de nuit, dans les jardins de Versailles, une fausse rencontre : le cardinal y croit s'entretenir avec la reine, alors qu'il s'agit d'une comparse déguisée.

Convaincu, Rohan accepte la mission qu'on lui prête : acheter secrètement le collier au nom de la reine. En février 1785, il acquiert le bijou à crédit, et le remet à La Motte. Celle-ci s'évanouit aussitôt avec le collier, qui sera dépecé et ses diamants revendus.

ACTE III — Le scandale

Le collier n'est pas payé. Les joailliers, inquiets, finissent par s'adresser directement à la reine pour réclamer leur dû. Marie-Antoinette tombe des nues : elle n'a jamais rien commandé. L'escroquerie est découverte.

La réaction du roi est fracassante. Le 15 août 1785, jour de l'Assomption, alors que le cardinal de Rohan s'apprête à célébrer la messe à Versailles, il est convoqué chez le roi, puis arrêté en pleine galerie des Glaces, devant une cour médusée, et envoyé à la Bastille.

CONCLUSION — La reine coupable d'être innocente

Le procès se tient devant le Parlement de Paris. Et le verdict, en mai 1786, est un camouflet pour la monarchie : le cardinal de Rohan est acquitté. La noblesse et le clergé se sont serré les coudes contre l'autorité royale. La comtesse de La Motte, elle, est condamnée au fouet, marquée au fer rouge d'un « V », pour voleuse, et emprisonnée.

Mais la vraie perdante, c'est la reine. Bien qu'innocente, Marie-Antoinette sort de l'affaire couverte d'opprobre. L'opinion publique, naissante et déjà féroce, retient une chose : la souveraine devait bien être mêlée à cette histoire de luxe et de diamants. Les pamphlets haineux se déchaînent contre elle.

C'est tout le vertige de cette affaire : une femme entièrement innocente, transformée en symbole de la frivolité et de la corruption d'une cour. Quelques années plus tard, ce sont ces soupçons-là, semés par une escroquerie, qui aideront à la conduire jusqu'à l'échafaud. Parfois, le pire des scandales est celui qu'on n'a pas commis.

Scandale 34 : Le Bijou