Le faux Rockefeller qui cachait, sous ses identités d'emprunt, un meurtre
Pendant des décennies, il a changé de nom comme on change de costume. Aristocrate britannique. Producteur de cinéma. Et enfin, l'identité de trop : héritier de la plus célèbre dynastie fortunée d'Amérique, un Rockefeller.
Mais derrière le dernier masque se cachait un secret bien plus sombre qu'une simple imposture. Un corps, enterré dans un jardin de Californie.
Voici l'affaire du faux Rockefeller.
ACTE I — Le caméléon
Christian Gerhartsreiter naît en Allemagne en 1961. À dix-sept ans, en 1978, il débarque aux États-Unis avec un visa de touriste et une ambition dévorante : s'inventer une nouvelle vie.
Et il va le faire, encore et encore. Dans la Californie du début des années 80, il se fait appeler Christopher Chichester, se prétend étudiant en cinéma, et se dit apparenté à la noblesse britannique. Charmeur, cultivé, il s'infiltre dans la bonne société.
À cette époque, il loue une dépendance dans la maison d'une femme, à San Marino, près de Los Angeles. Le fils de sa logeuse, John Sohus, et son épouse Linda vivent là aussi.
ACTE II — La disparition
En février 1985, John et Linda Sohus disparaissent, en disant à leurs proches partir pour New York. On ne les reverra jamais, et peu après, « Chichester » s'évapore lui aussi.
L'homme aux mille noms refait surface ailleurs, sous une nouvelle identité. Jusqu'à la plus audacieuse de toutes : Clark Rockefeller, soi-disant héritier de la légendaire dynastie pétrolière. Pendant des années, il joue ce rôle à la perfection : poseur raffiné, sans métier apparent, marié à une brillante femme d'affaires, reçu dans les cercles les plus fermés de la côte Est.
Pendant ce temps, à San Marino, un secret dort sous la terre.
ACTE III — Le masque tombe
Ce qui le perd, c'est un geste de désespoir. En 2008, lors d'un conflit autour de la garde de sa fille, il enlève la fillette. La chasse à l'homme est nationale. Et quand la police l'arrête, elle découvre la vérité : « Clark Rockefeller » n'est pas un Rockefeller. C'est un Allemand aux dizaines d'identités. La presse le surnomme « Crockefeller ».
Condamné pour l'enlèvement, il purge sa peine. Mais la publicité de l'affaire pousse la justice californienne à rouvrir un vieux dossier : en 1994, des ossements démembrés avaient été déterrés dans le jardin de la maison de San Marino. C'étaient ceux de John Sohus, tué d'un coup violent à la tête.
CONCLUSION — La sentence
Les indices s'accumulent. Des sacs contenant les restes portaient des logos d'universités que Gerhartsreiter avait fréquentées. La justice établit le lien.
En avril 2013, près de trente ans après les faits, il est reconnu coupable de meurtre au premier degré. En août, il est condamné à vingt-sept ans de prison au minimum. Jusqu'au bout, il clamera son innocence, accusant l'épouse disparue, Linda, jamais retrouvée.
L'homme aux mille noms a fini par n'en porter qu'un seul : celui d'un meurtrier. Son histoire dit quelque chose de troublant sur le pouvoir de l'imposture : pendant des décennies, il a suffi d'un nom prestigieux, d'un accent et d'un certain aplomb pour qu'une société entière oublie de poser la seule question qui comptait : qui êtes-vous, vraiment ?