La militante antiraciste blanche qui se faisait passer pour noire
Une militante des droits civiques respectée. Présidente d'une antenne locale de la plus ancienne organisation antiraciste des États-Unis. Une femme noire engagée, admirée pour son combat.
Sauf qu'elle était blanche. Et que ses propres parents allaient le révéler devant les caméras.
Voici l'affaire Rachel Dolezal.
ACTE I — La militante
Au début des années 2010, Rachel Dolezal est une figure respectée de Spokane, dans l'État de Washington. Présidente de l'antenne locale de la NAACP, la grande organisation de défense des droits des Afro-Américains, enseignante en études africaines-américaines, militante infatigable. Elle se présente comme une femme noire, raconte avoir subi le racisme, et insuffle une énergie nouvelle à son association.
Tout, dans son apparence et son discours, dit la femme noire engagée. Personne ne songe à en douter.
ACTE II — Les parents devant la caméra
Le 11 juin 2015, tout s'effondre. Ses parents biologiques, tous deux blancs, s'adressent à la presse. Leur fille, disent-ils, est blanche, d'origine européenne, avec une lointaine ascendance amérindienne. Et ils produisent des photos d'enfance : une petite fille à la peau claire, aux cheveux blonds et raides.
Selon sa mère, Rachel a commencé à « se déguiser » en femme noire des années plus tôt, après que la famille eut adopté plusieurs enfants afro-américains.
L'Amérique est sidérée. Une militante antiraciste blanche qui aurait construit toute sa vie publique sur une identité noire fabriquée ?
ACTE III — « Je m'identifie comme noire »
Acculée, Rachel Dolezal ne s'effondre pas. Elle assume. Sur un grand plateau de télévision, elle déclare : « Je m'identifie comme noire. » Elle affirme se sentir noire depuis l'âge de cinq ans, quand elle se dessinait, dit-elle, avec un crayon brun. Et elle refuse l'idée d'avoir trompé qui que ce soit.
Le débat enflamme tout le pays. Peut-on choisir sa race comme on revendique une identité ? Y a-t-il une différence avec d'autres formes d'identité revendiquée ? Les uns crient à l'imposture pure et simple, à l'appropriation ; d'autres s'interrogent, mal à l'aise, sur ce que « être » d'une race veut dire.
CONCLUSION — La chute
La pression devient trop forte. Le 15 juin 2015, Rachel Dolezal démissionne de la présidence de son antenne de la NAACP. Elle perd aussi son poste d'enseignante. Sa chute est aussi fulgurante que sa carrière militante avait été remarquée.
Les années suivantes seront difficiles : précarité, recherche d'emploi, et même un changement de nom.
L'affaire Dolezal reste l'une des plus déroutantes de son époque. Car contrairement à la plupart des impostures, elle ne visait pas l'argent ni le pouvoir. Elle posait une question vertigineuse, sans réponse simple : qu'est-ce qui fait, au fond, l'identité d'une personne, ce qu'elle est de naissance, ou ce qu'elle ressent et revendique ? Une question que notre époque n'a pas fini de se poser.