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Comment les « j'aime » de 87 millions de personnes ont servi à truquer une élection

Vous avez fait un petit test de personnalité sur Facebook. Innocent. Amusant. « Quel genre de personne êtes-vous ? »

Ce que vous ne saviez pas, c'est qu'en cliquant, vous veniez de livrer non seulement vos données — mais aussi celles de tous vos amis. Et qu'à l'autre bout, une société allait s'en servir pour fabriquer un portrait psychologique de vous. Pour deviner vos peurs. Et vous envoyer, au bon moment, le message politique exact qui vous ferait basculer.

Voici l'affaire Cambridge Analytica.

ACTE I — La machine à profiler

Au milieu des années 2010, une société de conseil politique fait un pari : et si on pouvait prédire le comportement d'un électeur à partir de ses traces numériques ? Cette société s'appelle Cambridge Analytica. Elle est financée par un milliardaire de la finance, et pilotée, à partir de 2014, par un stratège proche de la droite radicale américaine.

Son ambition : la publicité politique « sous stéroïdes ». Au lieu d'arroser tout le monde avec le même message, on cible chaque individu selon sa psychologie. Les anxieux, les colères, les indécis — chacun reçoit sa version, taillée sur mesure.

Pour ça, il faut une chose : des données. Énormément de données. Et c'est là que Facebook entre en scène.

ACTE II — Le test de personnalité piège

La méthode est d'une simplicité diabolique. En 2014, un chercheur diffuse sur Facebook une application : un test de personnalité. Les utilisateurs le remplissent, croyant participer à une étude universitaire.

Mais l'application ne se contente pas de récolter les réponses. Grâce à une faille dans le système de Facebook, elle aspire toutes les données du participant — et celles de tous ses amis, qui, eux, n'ont rien demandé ni autorisé. Quelques dizaines de milliers de tests suffisent ainsi à moissonner les données de dizaines de millions de personnes.

Le bilan final est vertigineux : les informations personnelles de 87 millions d'utilisateurs de Facebook, récupérées sans consentement réel, puis revendues à Cambridge Analytica. De quoi profiler une nation entière.

ACTE III — Le lanceur d'alerte aux cheveux roses

L'affaire aurait pu rester secrète. Mais un homme craque : Christopher Wylie, jeune data scientist canadien, ancien directeur de recherche de la société. Il a vu de l'intérieur comment ces outils étaient utilisés pour manipuler les électeurs. Et en mars 2018, il décide de parler.

Documents, e-mails, témoignages à l'appui, il révèle tout au Guardian et au New York Times. La société a travaillé pour la campagne présidentielle américaine de 2016. Les profils psychologiques ont servi à diffuser des messages ciblés, à attiser des peurs, des divisions.

Le scandale est planétaire. La valeur boursière de Facebook s'effondre temporairement. Le patron du réseau social est convoqué devant le Congrès américain. Des parlements du monde entier s'emparent du sujet.

CONCLUSION — La faille refermée, le danger intact

Les conséquences sont lourdes. Cambridge Analytica, éclaboussée, ferme ses portes en 2018. Facebook écope d'amendes records de part et d'autre de l'Atlantique. La faille précise qui a permis le siphonnage est colmatée. Et le monde découvre, brutalement, que les données qu'il sème chaque jour valent de l'or — et peuvent se retourner contre lui.

Mais Wylie, le lanceur d'alerte, a prévenu : refermer une porte ne suffit pas. Tant que nos vies entières sont stockées dans des bases de données, quelqu'un, quelque part, cherchera toujours le moyen d'y entrer.

L'affaire Cambridge Analytica n'a pas seulement révélé une fraude. Elle a révélé que la matière première de la démocratie — l'opinion — était devenue une marchandise. Et que personne, vraiment, ne nous avait demandé notre avis.

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